MONDES

Terre

Lune


Jupiter

Adrastée

Amalthée

Callisto

Europe

GanymĂšde

Io

MĂ©tis

Thébé


Saturne

Atlas

Calypso

Dioné

Encelade

Epiméthée

HĂ©lĂšne

Hypérion

Janus

Japet

Mimas

Pan

Pandore

Phoebé

Prométhée

Rhéa

TĂ©lesto

TĂ©thys

Titan


Uranus

Ariel

Belinda

Bianca

Cordélia

Cressida

Desdémone

Juliette

Miranda

Obéron

Ophélie

Perdita

Portia

Puck

Rosalinde

Titania

Umbriel


Neptune

Despina

Galatée

Larissa

NaĂŻade

Néréide

Protée

Thalassa

Triton


CHRONOLOGIE

1972

Mission approuvée

1973

1974

1975

1976

1977

Lancements

1978

1979

Jupiter

1980

1981

Saturne

1982

1983

1984

1985

1986

Uranus

1987

1988

1989

Neptune

1990

Photo de famille

Mission Interstellaire

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

Voyager 1 dépasse Pioneer 10

1999

2000

2001

2002

2003

2004

Voyager 1 choc terminal

2005

2006

2007

Voyager 2 choc terminal

2008

2009

2010

2011

2012

Voyager 1 espace interstellaire

2013

2014

2015

2016

2017

2018

2019

2020

2021

2022

2023

2024

2025

Fin des communications ?

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Objectif


Envoyer une sonde Ă  destination d’une planĂšte coĂ»te cher. La NASA mit donc Ă  profit un alignement exceptionnel des planĂštes extĂ©rieures de notre systĂšme solaire (Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune), configuration qui n'arrive que tous les 175 ans. Avec une seule mission, il Ă©tait donc possible de survoler de façon rapprochĂ©e la bagatelle de quatre planĂštes avec en prime des Ă©conomies de temps et de carburant. En effet, lors d’un survol rapprochĂ© d’une planĂšte, le champ gravitationnel de cette derniĂšre donne une accĂ©lĂ©ration Ă  la sonde qui est ainsi «projetĂ©e Â» vers la planĂšte suivante. Cette technique appelĂ©e « assistance gravitationnelle Â» rĂ©duit la durĂ©e du voyage d’une vingtaine d’annĂ©es ! Sans cette technique, Voyager 2 n'aurait survolĂ© Neptune qu'en 2007, au lieu de 1989. Le projet du Grand Tour Ă©tait nĂ©, avec pour objectif d’en apprendre le maximum sur les planĂštes rencontrĂ©es et leurs lunes : masse, taille, morphologie, gĂ©ologie, composition et dynamique de l’atmosphĂšre, champ magnĂ©tique, sans oublier l'Ă©tude et la dĂ©tection d’anneaux et/ou de nouveaux satellites naturels.

 

La sonde Voyager 2

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Précédents


Aller survoler Jupiter et Saturne ne sera pas une premiĂšre. LancĂ©e en mars 1972, c’est la sonde Pioneer 10 qui survola Jupiter en premier, en dĂ©cembre 1973. LancĂ©e quant Ă  elle lors du mois d‘avril de cette mĂȘme annĂ©e 1973, Pioneer 11 survola elle aussi le monde jovien, en dĂ©cembre 1974, et poursuivit sa route jusqu’à la planĂšte aux anneaux, qu’elle survola en septembre 1979, soit une paire d’annĂ©es avant les Voyager. Les donnĂ©es recueillies par les sondes Pioneer ont Ă©tĂ© capitales dans la conception des sondes Voyager.

 

Vue d'artiste de Pioneer 10

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Contexte


DÚs le début des années 1970, la NASA se doit de réorienter son programme spatial dans le but impératif de faire des économies. Le formidable succÚs des coûteuses missions Apollo laisse alors la place à des programmes moins spectaculaires mais néanmoins pleins de promesses sur le plan scientifique : l'envoi de sondes vers d'autres corps célestes. Les premiÚres sondes lunaires seront issues du programme Pioneer, lancées entre 1958 et 1960. Suivront les missions Ranger (1961-65) et Surveyor (1966-68). L'exploration des planÚtes débuta avec le lancement des sondes Mariner (1962-73), Pioneer (1972-78), Viking (1975), avant le Grand Tour des Voyager (1977). En parallÚle, décision est prise en 1972 de lancer la construction d'un engin spatial réutilisable. Ce sera la navette spatiale qui verra sa premiÚre mission en 1981.

 

La navette spatiale Atlantis

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Instigation et financement


L'instigateur du projet fut Gary Flandro, un ingĂ©nieur du JPL (Jet Propulsion Laboratory, California Institute of Technology), qui lança l’idĂ©e durant l'Ă©tĂ© 1965. Flandro s'appuya sur les brillants calculs du mathĂ©maticien Michael Minovitch, qui dĂ©montra en 1961 qu'il Ă©tait possible d'utiliser l'assistance gravitationnelle d'une planĂšte pour accĂ©lerer une sonde spatiale. Suite Ă  un rapport du Space Science Board de l'AcadĂ©mie AmĂ©ricaine des Sciences qui estime que les technologies nĂ©cessaires sont disponibles, la NASA lance en 1969 la prĂ©paration d‘une mission initialement appelĂ©e Grand Tour of the outer planets (Grand Tour des planĂštes extĂ©rieures). C’est Edward Stone (lui aussi du Caltech) qui est nommĂ© responsable scientifique du projet, dĂšs l'approbation de la mission en juillet 1972. La premiĂšre rĂ©union scientifique a lieu dĂšs dĂ©cembre 1972. Au total, plus de 150 scientifiques auront travaillĂ© sur le programme, en provenance des États-Unis bien entendu, mais Ă©galement du Canada, de Grande-Bretagne, de France, d'Allemagne de l'Ouest, d'Italie et mĂȘme d'Union SoviĂ©tique Ă  la fin des annĂ©es 1980. À l’origine, le profil de la mission prĂ©voyait un double lancement Ă  destination de Jupiter, Saturne et Pluton en 1976-1977 et un autre double lancement vers Jupiter, Uranus et Neptune en 1979. Fin 1971, les contraintes budgĂ©taires limiteront malheureusement la mission Ă  deux sondes (vers Jupiter et Saturne) au lieu des quatre espĂ©rĂ©es. La nouvelle mission fut renommĂ©e Mariner Jupiter-Saturn 1977 program ou plus simplement MJS. La position et la nature des cibles planĂ©taires Ă©tant bien diffĂ©rentes des premiĂšres missions du programme Mariner, la NASA prit la dĂ©cision de sĂ©parer les deux programmes. Le nom Programme Voyager, jugĂ© plus convaincant, sera donnĂ© Ă  la mission en mars 1977, les sondes Mariner 11 et 12 devenant ainsi Voyager 1 et 2.


Initialement estimĂ© Ă  250 millions de dollars (pour la mission jusqu’à Saturne incluse), le coĂ»t total de la mission s’élĂšve en septembre 2013 Ă  988 millions de dollars (dont 120 millions accordĂ©s Ă  la NASA depuis 1990 pour la poursuite du programme). Pas moins de 10 000 trajectoires furent Ă©tudiĂ©es. Le choix final se portera sur celles offrant la possibilitĂ© (pour Voyager 1) de survoler de maniĂšre rapprochĂ©e Jupiter et sa lune Io ainsi que Saturne et sa lune Titan, tout en gardant l’éventualitĂ© pour Voyager 2, si cette derniĂšre est encore en Ă©tat de marche, d'aller survoler Uranus. Le survol de Neptune n'est pas prĂ©vu au moment du lancement mais la trajectoire future de Voyager 2 laisse une possibilitĂ©. Pour l’anecdote, il aurait Ă©tĂ© possible de survoler Pluton mais la prioritĂ© fut le survol des anneaux de Saturne et de Titan par Voyager 1, contraignant celle-ci Ă  sortir du plan de l’écliptique. Voyager 2 aurait aussi pu rendre visite Ă  Pluton mais la ligne de visĂ©e passait Ă  travers Neptune, ce fut donc impossible Ă  mettre en Ɠuvre. La dĂ©cision d’en lancer deux a Ă©tĂ© prise pour deux raisons principales : envoyer deux sondes diminue le risque d’échec et les sondes auront certes le mĂȘme matĂ©riel embarquĂ© mais pas la mĂȘme trajectoire dans le systĂšme solaire, donc des rĂ©sultats complĂ©mentaires, puisque la premiĂšre jouera le rĂŽle "d'Ă©claireuse".

 

G. Flandro

Ed Stone

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Lancements


Les sondes jumelles furent toutes deux lancĂ©es par une fusĂ©e de type Titan IIIE/Centaur depuis l'aire de lancement 41 de la base de Cap Canaveral en Floride. Ce lanceur mesure 48 mĂštres de haut pour une masse de 632 tonnes. Voyager 2 fut la premiĂšre Ă  ĂȘtre lancĂ©e, le samedi 20 aoĂ»t 1977, Ă  14h29 TU, soit le premier jour de la fenĂȘtre de tir qui en comptait trente. La numĂ©rotation des sondes jumelles tient compte de l’ordre de passage au voisinage de Jupiter. Le lancement de Voyager 1 eut lieu le lundi 5 septembre 1977, Ă  12h56 TU. GrĂące Ă  sa trajectoire plus courte, Voyager 1 dĂ©passa Voyager 2 le 15 dĂ©cembre 1977. Les sondes entamĂšrent alors une traversĂ©e de la ceinture d'astĂ©roĂŻdes qui dura 9 mois.

 

Emplacement de Cap Canaveral

5 septembre 1977 : lancement de Voyager 1

20 août 1977 : lancement de Voyager 2

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Jupiter : une géante en perpétuel mouvement


Voyager 1 survola la planĂšte gĂ©ante au plus prĂšs le 5 mars 1979, Ă  206 700 km des nuages de la planĂšte. Sa jumelle fit de mĂȘme le 9 juillet 1979, Ă  570 000 km. Elles prirent Ă  elles deux quelque 33 000 photographies du monde jovien (dont 18 000 pour la seule Voyager 1), permettant aux scientifiques d’en apprendre davantage sur la dynamique atmosphĂšrique trĂšs complexe de la planĂšte, ses aurores polaires, sa Grande Tache Rouge (un gigantesque anticyclone), ainsi que sur les quatre satellites galilĂ©ens (Io, Europe, GanymĂšde et Callisto). Les plus Ă©tonnantes dĂ©couvertes, faites par l’intermĂ©diaire de Voyager 1 et prĂ©cisĂ©es par Voyager 2, concernent cependant deux de ses lunes : l'intense activitĂ© volcanique sur Io avec ses panaches filant parfois Ă  plus d'un kilomĂštre par seconde, Ă  plus de 300 km au-dessus de sa surface ! (les premiers volcans extraterrestres dĂ©couverts) et le rĂ©seau de lignes balafrant la surface gelĂ©e d’Europe sous laquelle se cache peut-ĂȘtre un ocĂ©an peuplĂ© de formes de vie primitive. Les astronomes ont Ă©tĂ© stupĂ©faits par ces rĂ©sultats et il aura fallu attendre une quinzaine d’annĂ©es avant d’en savoir plus grĂące Ă  la mission Galileo. La magnĂ©tosphĂšre de la planĂšte (zone d'influence du champ magnĂ©tique) a Ă©tĂ© mesurĂ©e avec prĂ©cision, rĂ©vĂ©lant notamment ses aurores polaires. Des anneaux furent dĂ©couverts (bien moins brillants que ceux de Saturne et donc invisibles depuis la Terre). Les Voyager ont Ă©galement permis de dĂ©couvrir trois nouveaux satellites (MĂ©tis, ThĂ©bĂ© et AdrastĂ©e) autour de la planĂšte gĂ©ante. Anecdote : alors qu'elle se trouvait Ă  plus de 6 milliards de km de Jupiter, Voyager 2 fit partie des nombreux instruments scientifiques mis Ă  contribution afin d'observer l'impact de la comĂšte Shoemaker-Levy 9 sur la gĂ©ante, en juillet 1994.

 

La Grande Tache Rouge de Jupiter

Trajectoire de Voyager 1

Trajectoire de Voyager 2

CHRONOLOGIE

1972

Mission approuvée

1973

1974

1975

1976

1977

Lancements

1978

1979

Jupiter

1980

1981

Saturne

1982

1983

1984

1985

1986

Uranus

1987

1988

1989

Neptune

1990

Photo de famille

Mission Interstellaire

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

Voyager 1 dépasse Pioneer 10

1999

2000

2001

2002

2003

2004

Voyager 1 choc terminal

2005

2006

2007

Voyager 2 choc terminal

2008

2009

2010

2011

2012

Voyager 1 espace interstellaire

2013

2014

2015

2016

2017

2018

2019

2020

2021

2022

2023

2024

2025

Fin des communications ?

MONDES

Terre

Lune


Jupiter

Adrastée

Amalthée

Callisto

Europe

GanymĂšde

Io

MĂ©tis

Thébé


Saturne

Atlas

Calypso

Dioné

Encelade

Epiméthée

HĂ©lĂšne

Hypérion

Janus

Japet

Mimas

Pan

Pandore

Phoebé

Prométhée

Rhéa

TĂ©lesto

TĂ©thys

Titan


Uranus

Ariel

Belinda

Bianca

Cordélia

Cressida

Desdémone

Juliette

Miranda

Obéron

Ophélie

Perdita

Portia

Puck

Rosalinde

Titania

Umbriel


Neptune

Despina

Galatée

Larissa

NaĂŻade

Néréide

Protée

Thalassa

Triton


Les images de Jupiter sont Ă  retrouver dans la galerie et sur le site de la NASA.

Film de la rotation de Jupiter par Voyager 1

Circulation atmosphérique pendant l'approche de Voyager 1

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Saturne : le joyau du systĂšme solaire


Seulement 20 mois aprĂšs Jupiter, Voyager 1 survola la planĂšte aux anneaux, le 12 novembre 1980, Ă  64 200 km au-dessus de ses nuages. Voyager 2 effectua son survol le 26 aoĂ»t 1981, Ă  une distance de 41 000 km. Plus de 33 500 clichĂ©s de Saturne, de son atmosphĂšre (moins active que celle de Jupiter, bien que les vents Ă©quatoriaux peuvent y atteindre 1600 km/h), de ses lunes (Titan, DionĂ©, RhĂ©a, TĂ©thys, Mimas, Japet, Encelade, HypĂ©rion, PhoebĂ©...) et de ses anneaux ont Ă©tĂ© obtenus par les Voyager. La tempĂ©rature moyenne de l'atmosphĂšre fut mesurĂ©e Ă  - 178°C. Parmi les rĂ©sultats scientifiques marquants, Voyager 1 rapporta la prĂ©sence d’une atmosphĂšre trĂšs Ă©paisse (1600 km) et trĂšs dense autour de Titan, la principale lune de Saturne. La magnĂ©tosphĂšre de la planĂšte, notamment ses aurores, fut rĂ©vĂ©lĂ©e. Le diamĂštre de Titan fut mesurĂ© Ă  5120 km, le replaçant derriĂšre GanymĂšde (Titan Ă©tait en effet considĂ©rĂ© jusqu'en 1980 comme le plus gros des satellites du systĂšme solaire).

 

Les anneaux de la planĂšte, constituĂ©s de milliards de particules glacĂ©es, firent Ă©galement l’objet de nombreuses photos et de mesures poussĂ©es, permettant la dĂ©couverte d'irrĂ©gularitĂ©s telles que les "spokes", fines particules dont la taille est proche du micromĂštre et qui semblent liĂ©es au champ magnĂ©tique de la planĂšte. Furent Ă©galement dĂ©couverts plusieurs anneaux supplĂ©mentaires (mais nettement moins visibles car trĂšs fins) ainsi que quatre nouveaux satellites naturels (Atlas, Pan, PromĂ©thĂ©e et Pandore). Les clichĂ©s de la planĂšte annelĂ©e obtenus serviront de rĂ©fĂ©rence pendant plus de 20 ans, jusqu’à la mission Cassini-Huygens. En analysant finement les images prises par Voyager 1, un passionnĂ© d'imagerie spatiale (Ted Stryk) a mĂȘme retrouvĂ© les premiĂšres images des geysers d'Encelade, pourtant officiellement dĂ©couverts en 2008 par la sonde Cassini ! Les survols rapprochĂ©s de Saturne et de Titan ont contraint Voyager 1 Ă  quitter le plan de l’écliptique (avec un angle de 35° vers le nord de ce dernier) pour aller Ă  la rencontre des frontiĂšres du systĂšme solaire.

 

Saturne vue par Voyager 2

Trajectoire de Voyager 1

Trajectoire de Voyager 2

Les images de Saturne sont Ă  retrouver dans la galerie et sur le site de la NASA.

Le survol de Saturne par Voyager 1 (animation de la NASA datant de 1980)

Le survol de Saturne par Voyager 2 (animation de la NASA datant de 1981)

Les fameux "spokes" dans les anneaux de Saturne vus par Voyager 1

AprĂšs Saturne, c'Ă©tait "Uranus ou rien" pour la vaillante Voyager 2...

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Uranus : le septiĂšme monde


AprĂšs son survol de Saturne, les ingĂ©nieurs de la NASA comprirent que Voyager 2 serait probablement capable de poursuivre sa route jusqu’à Uranus avec tous ses instruments en Ă©tat de marche. Le budget initial ne prĂ©voyait que le survol de Jupiter et de Saturne. Aussi les ingĂ©nieurs se sont tout de mĂȘme rĂ©servĂ© une possibilitĂ© de trajectoire amenant Voyager 2 dans le voisinage d’Uranus puis dans celui de Neptune. La poursuite de la mission de Voyager 2 vers Uranus fut approuvĂ©e officiellement par la NASA dĂ©but 1981. Pour la premiĂšre fois dans l’histoire de l’astronautique, une sonde allait donc survoler le septiĂšme monde et ce fut chose faite le 24 janvier 1986, Ă  81 440 km des nuages pastel de la planĂšte. Ce survol historique n'aura durĂ© en tout et pour tout que 5 heures et 30 minutes (Ă  comparer aux 35 heures du survol du systĂšme de Jupiter) car la sonde a traversĂ© le systĂšme d'Uranus perpendiculairement au plan de ce dernier. Le rĂ©sultat fut la transmission de plus de 8 000 photos  et de donnĂ©es uniques sur le systĂšme d‘Uranus.

La pĂ©riode de rotation de la planĂšte fut mesurĂ©e Ă  17 heures et 14 minutes. La lune Miranda possĂšde une surface Ă©tonnante, avec des canyons atteignant 9 km de profondeur (!). Deux anneaux supplĂ©mentaires, trĂšs fins, ont Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©s. Onze nouveaux satellites ont Ă©tĂ© dĂ©couverts : CordĂ©lia, OphĂ©lie, Bianca, Cressida, DesdĂ©mone, Juliette, Portia, Rosalinde, Belinda, Puck et Perdita. La dĂ©couverte de deux petits satellites supplĂ©mentaires par deux chercheurs de l'universitĂ© de l'Idaho, en utilisant les donnĂ©es de l'instrument radio RSS de Voyager 2, a Ă©tĂ© annoncĂ©e en octobre 2016. L'UAI doit encore confirmer cette dĂ©couverte. La prĂ©sence d’un champ magnĂ©tique fut Ă©galement une dĂ©couverte Ă©tonnante, puisque son axe est inclinĂ© de 60° par rapport Ă  l'axe de rotation de la planĂšte. La tempĂ©rature moyenne de la haute atmosphĂšre fut mesurĂ©e Ă  - 213°C, et se rĂ©vĂ©la Ă©tonnamment rĂ©guliĂšre, aussi bien dans la plupart de l'atmosphĂšre qu'aux pĂŽles, bien que l'un Ă©tait alors complĂštement exposĂ© au Soleil et l'autre plongĂ© dans la nuit car l'axe de rotation d'Uranus est fortement inclinĂ© sur son orbite. Sa tempĂ©rature minimale fut mesurĂ©e Ă  -224°C, ce qui fait d'elle la planĂšte la plus froide du systĂšme solaire.

 

Uranus en fin croissant

Les images d'Uranus sont Ă  retrouver dans la galerie et sur le site de la NASA.

CHRONOLOGIE

1972

Mission approuvée

1973

1974

1975

1976

1977

Lancements

1978

1979

Jupiter

1980

1981

Saturne

1982

1983

1984

1985

1986

Uranus

1987

1988

1989

Neptune

1990

Photo de famille

Mission Interstellaire

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

Voyager 1 dépasse Pioneer 10

1999

2000

2001

2002

2003

2004

Voyager 1 choc terminal

2005

2006

2007

Voyager 2 choc terminal

2008

2009

2010

2011

2012

Voyager 1 espace interstellaire

2013

2014

2015

2016

2017

2018

2019

2020

2021

2022

2023

2024

2025

Fin des communications ?

MONDES

Terre

Lune


Jupiter

Adrastée

Amalthée

Callisto

Europe

GanymĂšde

Io

MĂ©tis

Thébé


Saturne

Atlas

Calypso

Dioné

Encelade

Epiméthée

HĂ©lĂšne

Hypérion

Janus

Japet

Mimas

Pan

Pandore

Phoebé

Prométhée

Rhéa

TĂ©lesto

TĂ©thys

Titan


Uranus

Ariel

Belinda

Bianca

Cordélia

Cressida

Desdémone

Juliette

Miranda

Obéron

Ophélie

Perdita

Portia

Puck

Rosalinde

Titania

Umbriel


Neptune

Despina

Galatée

Larissa

NaĂŻade

Néréide

Protée

Thalassa

Triton


Trajectoire de Voyager 2

Le survol d'Uranus par Voyager 2 (animation de la NASA datant de 1986)

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Neptune : l'autre planĂšte bleue


L'ultime survol planĂ©taire de la mission fut approuvĂ© officiellement par la NASA courant 1985. Quatre ans plus tard, le 25 aoĂ»t 1989, Voyager 2 ajouta donc Neptune Ă  son extraordinaire tableau de chasse. Ce fut le survol planĂ©taire le plus rapprochĂ© de toute la mission : la sonde passa Ă  4 850 km de ses nuages. Un voyage long de 7 milliards de km, entamĂ© seulement 12 ans auparavant ! Avant cette date, la vision de Neptune pour les astronomes se rĂ©sumait en un minuscule disque bleutĂ©, mĂȘme dans les plus grands tĂ©lescopes. Le monde scientifique et le grand public s’émerveilla alors en voyant les photos d’un magnifique globe bleutĂ© : la Terre n'Ă©tait plus la seule planĂšte bleue. Parmi les 10 000 images de la planĂšte et de ses satellites, une grande tache sombre fut photographiĂ©e Ă  la surface de la planĂšte par Voyager 2, signe d’une atmosphĂšre trĂšs active. Quelques annĂ©es plus tard, le tĂ©lescope spatial Hubble fut braquĂ© vers Neptune pour retrouver cette tache et suivre son Ă©volution : hĂ©las, plus aucune trace de cette tache, signe d’une atmosphĂšre qui change rapidement puisque d‘autres taches Ă  d‘autres endroits ont Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©es depuis. Les vents les plus forts du systĂšme solaire furent d’ailleurs mesurĂ©s sur cette planĂšte (plus de 2000 km/h !), pourtant situĂ©e trĂšs loin du Soleil, recevant d’autant moins d’énergie (Ă  peine 3% de celle reçue par Jupiter).


La masse de la planĂšte fut mesurĂ©e avec plus de prĂ©cision. Elle se rĂ©vĂ©la 0,5 % moins massive que les prĂ©cĂ©dentes estimations. Cette diffĂ©rence est tout de mĂȘme comparable Ă  la masse de la planĂšte Mars ! De faibles aurores polaires furent observĂ©es, mais pas prĂšs des pĂŽles de Neptune puisque le champ magnĂ©tique de la huitiĂšme planĂšte se rĂ©vĂ©la inclinĂ© de 47° par rapport Ă  son axe de rotation (comme sur Uranus) et dĂ©calĂ© par rapport Ă  son centre physique (de l'ordre de 13 500 km). Voyager 2 a Ă©galement permis de clarifier nos connaissances sur les anneaux (sombres) de Neptune, dĂ©couverts quelques annĂ©es auparavant, en 1984. La principale lune de Neptune, Triton, attira elle aussi les scientifiques : ils y dĂ©couvrirent en effet des geysers Ă  sa surface, pourtant la plus froide du systĂšme solaire (- 235 °C). La dĂ©couverte, grĂące Ă  Voyager 2, de 6 nouvelles lunes (NaĂŻade, Thalassa, Larissa, Despina, GalatĂ©e et ProtĂ©e) orbitant autour de Neptune porta le nombre total de lunes dĂ©couvertes par l’intermĂ©diaire du programme Voyager Ă  vingt-quatre. AprĂšs avoir survolĂ© Neptune, Voyager 2 quitta le plan de l'Ă©cliptique en direction du sud de ce dernier, avec un angle de 48°.

 

Trajectoire de Voyager 2

La grande tache sombre de Neptune

Les images de Neptune sont Ă  retrouver dans la galerie et sur le site de la NASA.

Le survol de Neptune par Voyager 2 (animation de la NASA datant de 1989)

Les meilleurs moments des survols de Neptune et de Triton par Voyager 2

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La photo de famille du systĂšme solaire


Le 14 fĂ©vrier 1990, Ă  l'initiative de Carl Sagan, la NASA dĂ©cida de « retourner » Voyager 1 sur elle-mĂȘme. La sonde Ă©tait sortie du plan de l’écliptique depuis fin 1980. Cette manoeuvre avaiit pour but de prendre en photo l’ensemble des planĂštes visitĂ©es depuis « l'extĂ©rieur ». Cette opportunitĂ© Ă©tait historique et unique. C'est Voyager 1 qui fut choisie car, contrairement Ă  Voyager 2, elle pouvait photographier Jupiter sans ĂȘtre Ă©blouie par le Soleil. Il en rĂ©sulte le cĂ©lĂšbre clichĂ© de famille du systĂšme solaire (une mosaĂŻque d’images oĂč l’on peut voir le Soleil et six de ses planĂštes : VĂ©nus, la Terre, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune) sur lequel est visible le « point bleu pĂąle Â», la photo de la Terre (perdue dans un rayon du Soleil) la plus lointaine jamais prise, Ă  6,06 milliards de km de nous (voir Ă  ce sujet le paragraphe suivant).

 

VĂ©nus et la Terre mesurent moins d'un pixel sur leurs images respectives (respectivement 0,11 et 0,12 pixel). L'Ă©quipe d'imagerie a donc du effectuer un traitement d'image afin qu'elles Ă©mergent de l'Ă©blouissant halo solaire. Le clichĂ© montrant le Soleil lui-mĂȘme a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© Ă  travers le filtre le plus sombre disponible (mĂ©thane) ainsi qu'avec le temps de pose le plus court possible (5 milliĂšmes de seconde). MalgrĂ© ces prĂ©cautions, le Soleil reste surexposĂ© sur les clichĂ©s, son diamĂštre rĂ©el est bien plus faible que ce que les clichĂ©s laissent supposer. A cette distance, le Soleil reste toutefois trĂšs brillant : pratiquement 8 millions de fois plus brillant que Sirius ne l'est depuis la Terre. Mercure n'est pas visible (perdue dans l'Ă©clat solaire), tout comme Mars qui n'a pas pu ĂȘtre identifiĂ©e avec certitude et n'est donc pas mentionnĂ©e. Uranus et Neptune apparaissent allongĂ©es : cette dĂ©formation est due au mouvement intrinsĂšque de la sonde lors des prises de vue prolongĂ©es (15 secondes). Enfin, Pluton Ă©tait trop petite, trop sombre et trop lointaine pour ĂȘtre imagĂ©e. Les 60 images (39 provenant de la camĂ©ra grand angle et 21 de la camĂ©ra standard) formant cette mosaĂŻque sont les toutes derniĂšres images du programme Voyager, qui en aura comptĂ© environ 67 000 au total. Ces images ont Ă©tĂ© prises d'une distance d'environ 40,11 UA de la Terre, avec un angle d'environ 32° au-dessus du plan de l'Ă©cliptique. Pendant plus de 27 ans, ce furent les images les plus lointaines prises par une sonde spatiale. Ce record fut battu par les images de la sonde New Horizons prises Ă  partir du mois de dĂ©cembre 2017. NĂ©anmoins, la photo de la Terre la plus lointaine reste Ă  l'actif de Voyager 1.


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Six des membres de la famille solaire, de gauche Ă  droite : Jupiter, la Terre, VĂ©nus, Saturne, Uranus et Neptune

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Carl Sagan avait décrit cette photo :


« Regardez encore ce petit point. C'est ici. C'est notre foyer. C'est nous. Sur lui se trouve tous ceux que vous aimez, tous ceux que  vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les ĂȘtres humains qui  aient jamais vĂ©cu. Toute la somme de nos joies  et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurĂ©es, d'idĂ©ologies et de doctrines Ă©conomiques, tous les chasseurs et  cueilleurs, tous les hĂ©ros et tous les  lĂąches, tous les crĂ©ateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les  jeunes couples d'amoureux, tous les pĂšres et mĂšres, tous les enfants plein d'espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les  professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les "superstars", tous les "guides  suprĂȘmes", tous les saints et pĂ©cheurs de  l'histoire de notre espĂšce ont vĂ©cu ici, sur ce grain de poussiĂšre  suspendu dans un rayon de soleil.
...Il n'y a peut ĂȘtre pas de meilleure dĂ©monstration de la folie des idĂ©es humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule.  Pour moi, cela souligne notre responsabilitĂ© de cohabiter plus fraternellement les uns  avec les autres, et de prĂ©server et chĂ©rir ce point  bleu pĂąle, la seule maison que nous ayons jamais connue. Â»

 

Un point bleu pĂąle

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OĂč sont-elles maintenant ?


Conçues Ă  l’origine pour fonctionner seulement cinq ans et Ă  une distance maximale de 10 UA de la Terre (Voyager 1 se trouve aujourd'hui plus de quatorze fois plus loin), les sondes jumelles fonctionnent encore aujourd’hui, mĂȘme si une partie des instruments n’est plus opĂ©rationnelle. Elles poursuivent leur route Ă  la frontiĂšre du systĂšme solaire vers la zone que l’on appelle l’hĂ©liopause, limite de l’influence du vent solaire. Voyager 1 dĂ©passa officiellement Pioneer 10 le 17 fĂ©vrier 1998 pour devenir l’objet le plus distant de la Terre jamais envoyĂ© dans l’espace. Les sondes s’éloignent dans l’espace Ă  des vitesses vertigineuses : 16,99 kilomĂštres par seconde  (61 200 km/h) pour Voyager 1 ; 15,37 km/s  (55 000 km/h) pour Voyager 2. Cette vitesse, mesurĂ©e par rapport au Soleil, leur permet de parcourir de trĂšs grandes distances. Chaque annĂ©e, la distance Soleil-Voyager 1 augmente de plus de 530 millions de km (3,58 UA) tandis que la distance Soleil-Voyager 2 augmente de plus de 480 millions de km (3,24 UA). Elles sont si Ă©loignĂ©es que leurs signaux radio mettent plusieurs heures Ă  nous parvenir, Ă  la vitesse de la lumiĂšre : plus de 19 heures pour Voyager 1 et plus de 16 heures pour Voyager 2. Un point de repĂšre : le Soleil se trouve Ă  8 minutes-lumiĂšre de la Terre. Pour connaĂźtre leur position exacte en temps rĂ©el, reportez-vous aux liens spĂ©cifiques du site.


Elles envoient encore des donnĂ©es qui sont collectĂ©es par le rĂ©seau de communication avec l’espace lointain de la NASA (le Deep Space Network) dans le cadre d’un nouveau programme, entamĂ© en 1990 : la Mission Interstellaire Voyager (Voyager Interstellar Mission, abregĂ©e VIM). Cette mission fait partie de l'Observatoire de la physique solaire de la NASA (Heliophysics System Observatory). Pour la premiĂšre fois, les scientifiques pourront mesurer le milieu interstellaire, non affectĂ© par les effets de notre Soleil. GrĂące Ă  ces donnĂ©es, on en saura plus sur l’influence du Soleil Ă  de si grandes distances, notamment dans la façon dont l’hĂ©liosphĂšre nous protĂšge des rayons cosmiques du milieu interstellaire.

 

Notre Soleil envoie un courant de particules chargĂ©es (principalement de l'hydrogĂšne ionisĂ©) qui forme une bulle autour des planĂštes du systĂšme solaire, nommĂ©e hĂ©liosphĂšre. Le vent solaire voyage Ă  des vitesses supersoniques jusqu'Ă  ce qu'il rencontre une premiĂšre onde de choc, appelĂ©e "choc terminal". Voyager 1 aurait traversĂ© ce choc terminal en dĂ©cembre 2004, Ă  94 UA du Soleil , soit environ 14 milliards de km. Voyager 2, moins rapide et sur une trajectoire diffĂ©rente, a quant Ă  elle traversĂ© le choc terminal fin aoĂ»t 2007, Ă  une distance de 84 UA du Soleil (environ 13 milliards de km). Ces chiffres semblent dĂ©montrer que l’hĂ©liosphĂšre n’est pas rĂ©partie de façon homogĂšne dans l’espace. C'est en rĂ©alitĂ© le dĂ©placement de tout le systĂšme solaire (le Soleil et son hĂ©liosphĂšre) Ă  travers la galaxie qui provoque ce choc, vers lequel foncent les Voyager, de façon fortuite puisque ce sont les impĂ©ratifs planĂ©taires de la mission qui les ont emmenĂ© dans la bonne direction... Si elles avaient Ă©tĂ© lancĂ©es dans l'autre direction, il leur aurait fallu plusieurs millĂ©naires pour franchir l'hĂ©liopause. Au-delĂ  du choc terminal se trouve une zone appelĂ©e hĂ©liogaine, oĂč le vent solaire ralentit de maniĂšre spectaculaire et voit sa tempĂ©rature augmenter. Au-delĂ  de l'hĂ©liogaine, on trouve le milieu interstellaire, dominĂ©s par les vents du mĂȘme nom et les rayons cosmiques en provenance de toute la galaxie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Le 7 mars 2011, Voyager 1 a été orientée (avec succÚs et momentanément) de maniÚre à ce que son détecteur de particules à faible énergie collecte des données de maniÚre plus efficace. Le test préparatif à cette manoeuvre a été effectué le 2 février 2011 et constituait de fait le premier mouvement pour la sonde depuis 1990 ! A plus de 100 UA du Soleil, le franchissement de l'héliopause par Voyager 1 n'est alors plus qu'une question de temps. Quelques mois ou quelques années seront nécessaires à la sonde pour franchir cette étape historique de l'exploration spatiale.


La nouvelle tant attendue a Ă©tĂ© annoncĂ©e lors d'une confĂ©rence de presse le 12 septembre 2013. 36 ans aprĂšs son lancement, Voyager 1 est devenue le premier objet fabriquĂ© par les humains Ă  entrer dans l'espace interstellaire, Ă  prĂšs de 19 milliards de kilomĂštres du Soleil. De nouvelles et inattendues donnĂ©es ont indiquĂ© que Voyager 1 se trouvait alors depuis plus d'un an dans le plasma prĂ©sent dans l'espace entre les Ă©toiles. Voyager 1 se trouve dans une rĂ©gion de transition immĂ©diatement Ă  l'extĂ©rieur de la bulle solaire, oĂč certains effets du Soleil se font encore sentir. L'entrĂ©e dans l'espace interstellaire s'est faite progressivement depuis le mois d'aoĂ»t 2012, la frontiĂšre n'Ă©tant semble t-il pas aussi nette qu'imaginĂ©e. Les scientifiques ont eu besoin de temps afin de rĂ©cupĂ©rer et d'analyser toutes les informations Ă  leur disposition. Le facteur dĂ©cisif fut la mesure de la densitĂ© du plasma (gaz ionisĂ©), le plus dense et le plus lent des mouvements des particules chargĂ©es dans l'espace. La lueur d'un nĂ©on est un exemple de plasma. ThĂ©oriquement, cette diffĂ©rence de densitĂ© est le marqueur essentiel qui permet de distinguer si la sonde se trouve Ă  l'intĂ©rieur de la bulle solaire, connue sous le nom d'hĂ©liosphĂšre, qui est influencĂ©e par le plasma directement Ă©jectĂ© par le Soleil, ou bien si elle vogue dans l'espace interstellaire en Ă©tant entourĂ©e de matĂ©riau Ă©jectĂ© il y a plusieurs millions d'annĂ©es par l'explosion d'Ă©toiles gĂ©antes proches. Voyager 1 ne disposant pas de dĂ©tecteur de plasma en Ă©tat de marche (il a cessĂ© de fonctionner aprĂšs le survol de Saturne fin 1980), les scientifiques ont du Ă©laborer une autre mĂ©thode pour faire des mesures indirectes de la densitĂ© du plasma autour de la sonde : surveiller les lignes de champ magnĂ©tique affectĂ©es par les plasmas solaire et interstellaire.

 

C'est un puissant afflux de vent solaire, ayant pour origine une Ă©jection de masse coronale en mars 2012, qui fournira les donnĂ©es nĂ©cessaires. Lorsque cet inattendu cadeau du Soleil arriva dans la zone oĂč se trouvait Voyager 1, treize mois plus tard (en avril 2013), le plasma autour de la sonde commenca Ă  vibrer comme une corde de violon. Le 9 avril 2013, l'instrument dĂ©diĂ© aux ondes plasma dĂ©tecta l'oscillation des particules ambiantes. L'amplitude des oscillations aida les scientifiques Ă  dĂ©terminer la densitĂ© du gaz ionisĂ©. Ces oscillations plus rapides signifiaient que la sonde baignait dans un plasma plus de 40 fois plus dense qu'Ă  la frontiĂšre extĂ©rieure de l'hĂ©liosphĂšre (l'hĂ©liogaine). Une densitĂ© de ce type Ă©tait attendue dans l'espace interstellaire. Des oscillations similaires ont Ă©galement Ă©tĂ© mesurĂ©es en octobre/novembre 2012. A la lumiĂšre de toutes ces mesures, l'Ă©quipe en charge des ondes plasma a dĂ©terminĂ© que Voyager 1 est entrĂ©e dans l'espace interstellaire pour la premiĂšre fois en aoĂ»t 2012. L'analyse prĂ©cise des donnĂ©es laisse Ă  penser que la premiĂšre entrĂ©e de la sonde dans le monde des Ă©toiles date du 25 aoĂ»t 2012 (jour Ă©galement marquĂ© par le dĂ©cĂšs de Neil Armstrong). En plus d'un changement de densitĂ© du plasma, le franchissement de l'hĂ©liopause fut marquĂ© par une baisse significative du nombre de particules chargĂ©es en provenance de l'intĂ©rieur de l'hĂ©liosphĂšre ainsi qu'une hausse sensible du nombre de rayons cosmiques galactiques provenant de l'extĂ©rieur de l'hĂ©liosphĂšre. Un communiquĂ© du 7 juillet 2014 est venu confirmer la prĂ©sence de Voyager 1 dans l'espace interstellaire. La sonde a de nouveau mesurĂ© un "tintement" du plasma, vibration ayant pour origine une Ă©jection de masse coronale en provenance du Soleil, l'onde de choc ayant mis environ un an avant d'atteindre la sonde.

 

Une Ă©tude publiĂ©e dans le journal Geophysical Research Letters, Ă  la suite de laquelle la NASA publia un communiquĂ© le 23 juillet 2014, propose un nouveau modĂšle de l'hĂ©liosphĂšre, qui inclut notamment des compressions de cette derniĂšre, provoquant les diffĂ©rences de densitĂ©  du plasma observĂ©es par Voyager 1. Si tel est le cas, cela signifierait que la sonde serait toujours dans l'hĂ©liosphĂšre et qu'elle devrait assister Ă  un changement de direction du champ magnĂ©tique d'ici fin 2015. Ed Stone a confirmĂ© que le champ magnĂ©tique sera scrutĂ© avec attention durant cette pĂ©riode de 18 mois. Un communiquĂ© de la NASA datĂ© du 15 dĂ©cembre 2014 apporte des prĂ©cisions supplĂ©mentaires sur le milieu dans lequel se trouve Voyager 1. La sonde a dĂ©tectĂ© une troisiĂšme "onde de choc", aprĂšs celle de l'automne 2012 et celle du printemps 2013 (voir paragraphe ci-dessus). La plus rĂ©cente des trois a Ă©tĂ© observĂ©e Ă  partir de fĂ©vrier 2014 et ses effets sont toujours visibles sur les donnĂ©es de novembre 2014. La densitĂ© du plasma interstellaire est de plus en plus Ă©levĂ©e Ă  mesure que Voyager 1 s'Ă©loigne. On ignore encore si cela est du Ă  l'Ă©loignement progressif de l'hĂ©liosphĂšre ou si c'est un effet de l'onde de choc. Le milieu interstellaire n'est pas aussi calme que prĂ©vu. Ce domaine de recherche est totalement nouveau. Une nouvelle Ă©tude, publiĂ©e dans la revue Astrophysical Journal Letters et reprise par la NASA le 29 octobre 2015, fait Ă©tat d'une avancĂ©e dans ce domaine. La direction du champ magnĂ©tique a lĂ©gĂšrement Ă©voluĂ© depuis l'entrĂ©e de Voyager 1 dans l'espace interstellaire. Les auteurs de cette Ă©tude pointent le fait que le vent solaire influence encore le champ magnĂ©tique observĂ© et que la sonde entrera dans le milieu interstellaire "primitif" (non perturbĂ© par le vent solaire) dans une dizaine d'annĂ©es, confirmant ainsi les donnĂ©es obtenues via les satellites d'observation du Soleil IBEX, Ulysses et SOHO. À l'occasion d'un meeting de l'American Astronomicel Society, le 6 janvier 2017, il est annoncĂ© que le tĂ©lescope spatial Hubble va ĂȘtre mis Ă  contribution afin de cartographier la structure du milieu interstellaire dans lequel les sondes Voyager se dĂ©placent. Les nuages interstellaires s'Ă©tendent sur plusieurs annĂ©es-lumiĂšre. Pour chaque trajectoire, Hubble a utilisĂ© deux Ă©toiles repĂšres : Gliese 686 et Gliese 676A (pour Voyager 1) ; Gliese 780 et Gliese 754 (pour Voyager 2). Les premiĂšres donnĂ©es indiquent que Voyager 2 va sortir du nuage interstellaire qui entoure le systĂšme solaire dans plusieurs milliers d'annĂ©es. Elle traversera ensuite un deuxiĂšme nuage (pendant 90 000 ans), puis un troisĂšme.

 

Le franchissement de l'hĂ©liopause n'implique pas que la sonde ait rĂ©ellement quittĂ© le systĂšme solaire puisque ce dernier a pour stricte limite extĂ©rieure le nuage d'Oort, un hypothĂ©tique et vaste rĂ©servoir de comĂštes se trouvant Ă  une distance comprise entre quelques centaines d'unitĂ©s astronomiques (UA) et plusieurs dizaines de milliers d'UA. Voyager 1 mettra environ 300 ans Ă  atteindre la limite intĂ©rieure du nuage, tandis qu'elle pourrait avoir besoin de plus de 30 000 ans (!) pour atteindre sa limite extĂ©rieure. La NASA prĂ©fĂšre donc Ă©voquer l'espace interstellaire pour qualifier la zone oĂč se trouve maintenant Voyager 1. Par abus de langage, notamment dans les mĂ©dias, on entend ou on lit que Voyager 1 a quittĂ© le systĂšme solaire. C'est le cas seulement si on limite ce dernier au domaine des planĂštes. Ed Stone, responsable scientifique du projet, a dĂ©clarĂ© Ă  ce sujet que l'on peut dire que "Voyager 1 baigne dans la matiĂšre d'autres Ă©toiles". On ignore encore quand Voyager 1 atteindra la zone de l'espace interstellaire oĂč plus aucune influence du Soleil ne se fait sentir. Quant Ă  Voyager 2, sa date d'entrĂ©e dans l'espace interstellaire est encore inconnue, bien que la sonde n'en soit plus trĂšs loin maintenant.

CHRONOLOGIE

1972

Mission approuvée

1973

1974

1975

1976

1977

Lancements

1978

1979

Jupiter

1980

1981

Saturne

1982

1983

1984

1985

1986

Uranus

1987

1988

1989

Neptune

1990

Photo de famille

Mission Interstellaire

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

Voyager 1 dépasse Pioneer 10

1999

2000

2001

2002

2003

2004

Voyager 1 choc terminal

2005

2006

2007

Voyager 2 choc terminal

2008

2009

2010

2011

2012

Voyager 1 espace interstellaire

2013

2014

2015

2016

2017

2018

2019

2020

2021

2022

2023

2024

2025

Fin des communications ?

MONDES

Terre

Lune


Jupiter

Adrastée

Amalthée

Callisto

Europe

GanymĂšde

Io

MĂ©tis

Thébé


Saturne

Atlas

Calypso

Dioné

Encelade

Epiméthée

HĂ©lĂšne

Hypérion

Janus

Japet

Mimas

Pan

Pandore

Phoebé

Prométhée

Rhéa

TĂ©lesto

TĂ©thys

Titan


Uranus

Ariel

Belinda

Bianca

Cordélia

Cressida

Desdémone

Juliette

Miranda

Obéron

Ophélie

Perdita

Portia

Puck

Rosalinde

Titania

Umbriel


Neptune

Despina

Galatée

Larissa

NaĂŻade

Néréide

Protée

Thalassa

Triton


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Que vont-elles devenir ?


Selon les ingĂ©nieurs de la NASA, les Voyager sont encore capables de fonctionner (collecter des donnĂ©es et les renvoyer ensuite vers la Terre) jusqu’en 2020, voire 2025. Afin de prolonger autant que possible leur espĂ©rance de vie, les sondes sont mises progressivement en mode "Ă©conomie d'Ă©nergie", dans le but de rĂ©duire leur consommation Ă©lectrique : Voyager 2 utilise ainsi ses propulseurs d'appoint au lieu de ses moteurs principaux depuis novembre 2011, tandis qu'un des gĂ©nĂ©rateurs de chaleur de Voyager 1 a Ă©tĂ© coupĂ© en janvier 2012 (la sonde fonctionne dorĂ©navant Ă  une tempĂ©rature infĂ©rieure Ă  -79°C). Afin d'amĂ©liorer l'orientation de l'antenne de communication de Voyager 1, ses moteurs de correction de trajectoire ont Ă©tĂ© brievement allumĂ©s le 1er dĂ©cembre 2017. Ces moteurs n'avaient plus Ă©tĂ© utilisĂ©s depuis 1980 ! GrĂące Ă  cette manoeuvre, la durĂ©e de vie de Voyager 1 a Ă©tĂ© Ă©tendue de deux ou trois ans. Aujourd'hui, elles manquent d’hydrazine, carburant indispensable pour modifier leurs trajectoires. On estime que leur carburant sera totalement Ă©puisĂ© en 2034 (Voyager 2) et 2040 (Voyager 1). Ce n’est pas leur source de plutonium qui leur fera dĂ©faut mais les thermocouples qui convertissent la chaleur issue du plutonium en Ă©lectricitĂ©. AprĂšs cette date, nous ne recevrons plus de donnĂ©es de leur part mais elles continueront leurs routes grĂące Ă  leur prodigieuse impulsion, provoquĂ©e par le phĂ©nomĂšne initial de fronde gravitationnelle. À de si grandes distances, le Soleil sera une Ă©toile comme les autres aux yeux des camĂ©ras embarquĂ©es sur les sondes. Lorsqu’elles n’auront plus du tout d’énergie, il ne sera plus possible de connaĂźtre leur position exacte, l’expression « bouteille Ă  la mer cosmique Â» prendra alors tout son sens. Sans l'amenuisement de leurs ressources Ă©nergĂ©tiques, et en admettant qu'elles puissent suivre la position du faible et lointain Soleil, la NASA serait encore capable de "parler" avec les sondes pendant un siĂšcle ou deux !


AprĂšs avoir traversĂ©, on espĂšre sans encombre, le nuage de Oort, un vaste rĂ©servoir de comĂštes distant de 0,8 annĂ©e-lumiĂšre du Soleil, et malgrĂ© leur vitesse Ă©levĂ©e, il faudra attendre de nombreux siĂšcles avant qu’elles ne s’approchent Ă  nouveau d’une Ă©toile. Filant actuellement en direction de la constellation d'Ophiuchus, Voyager 1 devrait passer dans le voisinage (Ă  1,64 annĂ©e-lumiĂšre tout de mĂȘme) de l’étoile Gliese 445 (une naine rouge) en l'an 40272. Cette petite Ă©toile affiche une magnitude de 10,8 et se situe actuellement Ă  17,6 annĂ©es-lumiĂšre de notre planĂšte, dans la constellation de la Girafe. DĂ©tail intĂ©ressant : cette Ă©toile se rapproche rapidement du Soleil, si bien que lorsque la sonde la « survolera Â», ladite Ă©toile se trouvera alors Ă  seulement 3,5 annĂ©es-lumiĂšre de la Terre !


Voyager 2 se dirige actuellement dans la direction de la constellation du Paon. En l'an 40176, elle devrait passer Ă  1,7 annĂ©e-lumiĂšre de l’étoile naine rouge Ross 248. Cette Ă©toile affiche une magnitude de 12,2 et se trouve actuellement Ă  10,3 annĂ©es-lumiĂšre de notre planĂšte, dans la constellation d’AndromĂšde. Voyager 2 ira ensuite rendre une visite toute relative Ă  Sirius, en s'approchant Ă  4,3 annĂ©es-lumiĂšre de la plus brillante Ă©toile du ciel nocturne, dans la constellation du Grand Chien, dans 296 000 ans. Durant les millions d'annĂ©es Ă  venir, les sondes vont s'approcher de quelques Ă©toiles proches mais elles ne quitteront pas la Voie LactĂ©e. Elles seront en orbite autour du centre de notre Galaxie, effectuant une rĂ©volution en 250 millions d'annĂ©es, Ă  l'instar du Soleil.

 

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Bilan et perspectives


Le programme Voyager a dĂ©passĂ© les attentes des scientifiques, autant dans la pertinence des rĂ©sultats que sur la longĂ©vitĂ© exceptionnelle des sondes jumelles. L’activitĂ© volcanique sur Io, les rayures d’Europe, les anneaux et les aurores polaires de Jupiter, l’atmosphĂšre de Titan, les irrĂ©gularitĂ©s dans les anneaux de Saturne, le champ magnĂ©tique d’Uranus, les puissants vents de Neptune, les incroyables geysers sur Triton, la dĂ©couverte de 24 nouvelles lunes, ne sont que les principales dĂ©couvertes ayant contribuĂ© au palmarĂšs inĂ©galĂ© des Voyager. Quand nous voyons une photo rapprochĂ©e d’Uranus ou de Neptune, nous la devons obligatoirement Ă  Voyager 2, la seule et UNIQUE sonde Ă  avoir survolĂ© les deux plus lointaines planĂštes du systĂšme solaire. Voyager 2 est devenue le 13 aoĂ»t 2012 la sonde spatiale Ă  la plus longue durĂ©e de vie, dĂ©passant Pionner 6 qui fut lancĂ©e le 16 dĂ©cembre 1965 et dont le dernier signal fut reçu le 8 dĂ©cembre 2000, soit 12 758 jours de mission. Leur longĂ©vitĂ© a permis et permet encore aux scientifiques d’explorer le milieu interstellaire, oĂč rien ni personne n'Ă©tait encore allĂ© avant Voyager 1, la technologie du 21Ăšme siĂšcle permettant d'exploiter les donnĂ©es de deux minuscules sondes construites dans les annĂ©es 1970.


Ces sentinelles de l’HumanitĂ© tĂ©moigneront d’un instantanĂ© de notre histoire Ă  travers notre galaxie pendant encore des millions d’annĂ©es. Si elles ne sont pas happĂ©es par l’attraction d’une Ă©toile ou dĂ©truites par un quelconque caillou cĂ©leste, rien ne les empĂȘchera d'accompagner les milliards d'Ă©toiles que compte la Voie LactĂ©e pour un voyage Ă  travers l'immensitĂ© de l'espace et l'Ă©ternitĂ© du temps, expression chĂšre Ă  Carl Sagan. Ces deux petits morceaux d’HumanitĂ©, qui n’auront bientĂŽt plus aucun contact avec leur planĂšte mĂšre, vogueront dans cet immense et vertigineux ocĂ©an cosmique et iront faire face Ă  leur destin qui n’est peut-ĂȘtre pas si dĂ©nuĂ© de sens